21 avril 2018

Faire vieux os du monde

Je crois bien que je vais forcer
la note celle du jadis de Quignard
pour les traces matinales du chasseur
dans les lignes de la main
et l'icelle de Perrault
pour la vérité du cinéma
qui dégouline de jeunesse
à Venise-en-Québec;
les ambiances de bon pain
à la Randy Weston sur le piano
Self Portraits, the last day
pluie averse, soleil brûlant,
ténacité, très très lentement
comme une rigole qui reste
souveraine joyeuse lumineuse
au creux de la caverne
pour murmurer le monde,
ses bêtes et ses " monstres "
pour dire comme mon petit-fils.

" Depuis toujours, semble-t-il, nous revenons de la forêt avec des récits où nous détaillons les trajets et les bonnes prises, et aussi les difficultés surmontées, puisque nous sommes là pour raconter. Depuis toujours l'ours, le caribou et autres gibiers, ramenés au campement, laissent un sillage de récits qui les rattachent à la contrée sauvage. Dans les premiers temps, nous avons dessiné ces récits sur la surface d'une omoplate à l'aide d'une branche calcinée, mais bientôt nous attendons que les récits jaillissent de la surface. Nous portons l'os plat à la braise du poêle, pour y faire apparaître des traits, avant même de partir en forêt. Pak ! Pak ! l'os craque. Telle est la poésie dans l'aplat du langage, elle s'efforce de faire surgir la carte brûlée de l'événement du monde. "
- Michaël La Chance, Mashteuiatsh, [mytism] Terre ne se meurt pas, Triptyque, 2009, p. 128.
#napomo #monapo

Avril, mois de la poésie

Depuis 1996, initié d'abord, sauf erreur,  par des poètes américains, au mois d'avril on célèbre la poésie un peu partout dans le monde au cours duquel, entre autres activités, tout un chacun est invité à tenter le défi de partager sur le net un poème par jour, d'où les divers renvois (#) au bas des textes à NaPoMo (National Poetry Month), ou à sa variante francophone MoNaPo... Rien de contraignant, mais c'est amusant, stimulant de lire les braves qui s'y frottent et d'y puiser chemin faisant parfois quelques éclats. Perso, j'en profite pour revisiter ma bibliothèque, lire ou relire les recueils qui réchauffent la place, refaire en soi ces battements d'exil pour le dire comme Jacques Brault dans La poussière du chemin (Boréal, 1989) que j'affectionne particulièrement.

https://www.poets.org/national-poetry-month/home
#NaPoMo

Midi tapant

Cafétéria du CN
un tel bain d'humanité
alors qu'il est midi
on dit que le monde
est petit mais c'est faux
c'est le silence sur les rails
qui déclisse l'appétit.

 " J'aime tellement le monde,
 c'est comme une maladie mentale "
- Armand Vaillancourt, Astral, 31 août 2011.

19 avril 2018

Un jour, un jour, quand tu viendras...

Un jour, un jour
chantait Lautrec
Après le show
avec Falaise,
sa frêle épaule à l'air
côté coeur
m'avait ensorcelé,
la bise sur ma joue...
Puis-je, Madame,
un verre de cabernet? Oui...
La chanteuse aux yeux qui pétillent
est sortie     sans me regarder
Un jour Brigitte Bardot
est venue à Montréal
pour faire tourner des ballons
Un jour Trintignant
est venu à Montréal
pour Apollinaire;
une autre fois
avec Jules Renard
dans sa gibecière
Un jour mon coeur
sera peut-être doux
comme Lapierre.

« J'écris ceci à l'intention de celle qui m'a
un jour montré son coeur de verre; de celui
qui a bu; de ceux qui l'ont fait boire.
J'écris à celle qui un jour m'a touché;
à celui dont l'envers et l'endroit
 demeurent inconnus de lui-même. »
 — René Lapierre, Les adieux, Les Herbes rouges, 2017, p. 28.
#napomo

Photo JD




26 mars 2018

Ah! Ben oui! Bons baisers de Russie.

Sans conteste, à mon goût, la plume d'Odile Tremblay est belle et précise, remue de l'air d'encre, de la poésie le plus souvent au-delà d'elle même. Ses Bons baisers de Russie m'ont fait éprouver une fois de plus l'amour-haine de cette immense planète littéraire entre l'Asie et l'Europe, entre la lune et l'enfer, entre la surprenante révolution de 17 et la sanguinaire mafia de 18. Je hais Putin autant que Trump, et leurs sacs de mercenaires, d'espions, de méchants, mais qu'est-ce que ça peut bien faire? Rien, mon cher Nietzsche! Anyway, " La main du bourreau finit toujours par pourrir ", panaris, panaris! Le plus attristant dans le récit de Tremblay, outre des milliers de morts en Syrie, dans le ciel de l'Ukraine, les assasinats de journalistes, les empoisonnents, ce sont au quotidien les yeux au beurre noir des femmes rencontrées sur la rue! J'aimerais là, tout de go, demander à Sébastien Dulude qui en revient : as-tu flairé cette violacée misère parmi les poètes fréquentés qui ont bien bu, bien désespéré dans les éclats des clichés? J'aimerais que mes amis Marie-France et Jean-Paul qui iront bientôt gondoler par là-bas, j'aimerais qu'ils corroborent s'il est vrai que St-Pétersbourg est plus belle encore que Venise? Je divague. Reste que tout cela m'a rappelé une anecdote cocasse. Je me suis retrouvé un soir de gala en présence d'un moscovite; nous étions par hasard des impromptus côte-à-côte en coulisse pour un petit show dans un hôtel à Cuba. Il nous fallait subito presto enfiler des pantalons grotesques et rejoindre nos blondes ainsi attriqués sur la scène. Ce n'était sans doute pas le moment le plus propice au monde pour échanger, pour exprimer toute ma gratitude de Crime et Châtiment, pour faire frétiller entre nous le mot hockey, mais rien pantoute, niet, aucune façon! Si j'excepte ma visite du pavillon de la Russie à l'Expo 67 - j'étais venu seul de ma campagne en autobus à Montréal, j'avais dormi chez ma tante Èva de la rue Nicolet, je m'étais fait achaler par des hommes en auto, bref...- visite au cours de laquelle je ne sais plus comment j'avais réussi à l'âge de 13 ans à me procurer des cigarettes made in Soviet, c'était à Cuba la première fois de ma vie que je côtoyais un Russe. Bon, qu'est-ce que tu veux! Bons baisers de Russie.

Odile Tremblay, Bons baisers de Russie, Le Devoir, 24 mars 2018

24 mars 2018

Dans le sillage du Peuple rieur

Il faut visionner ce magnifique et trop bref topo avec l'inestimable Serge Bouchard, anthropologue, homme de radio, " conteur ",  qui vient de publier avec sa compagne le livre intitulé Le peuple rieur qui décrit l'expérience anthropologique de ses jeunes années en territoire innu et les liens d'amitié ininterrompus depuis des décennies. Il revient ici sur son parcours, insiste sur la nécessité de comprendre en profondeur la blessure infligée aux peuples nomades et promeut avec beaucoup d'espoir le caractère précieux de la diversité culturelle du Québec.

Serge Bouchard à La Fabrique culturelle, Télé-Québec

05 mars 2018

Les Indiens, comment, pourquoi, que c'est don?

Un bijou de vidéo de RAD (laboratoire de journalisme de Radio-Canada) qui en quelques minutes nous en apprend beaucoup sur la situation des Premières Nations au Québec et au Canada. Je ne peux malheureusement pas partager cette vidéo directement. Je renvoie à l'accueil de la page FB de RAD, espérant que l'accès soit facile. C'est à voir.

RAD Autochtones La base

03 mars 2018

La Louisiane : dangereusement grignotée

Ma belle Louisiane amphibie aux ailes blues si fragiles, tu ne seras pas de sitôt great again avec ce fou vantard, ce chauffard! Il y a de cela des lunes, la première impression qui m'est venue en survolant tes terres, juste avant de se poser sous un ciel bas à la Nouvelle-Orléans, c'était l'étendue sauvage, à perte de vue, des marécages et des bayous au-delà du Mississippi. Dès cet instant, je t'ai eue dans le sang. Je disparaîtrai bien avant toi, mais quand même, j'ai de la peine.

Dossier du NYT, 24 février 2018